BA: entre Passé et Présent
Au début était le Rêve …
L’Egypte... Terre des Pharaons... Don du Nil... Patrimoine glorieux et majestueux... Monuments défiant le temps et traversant les millénaires...
Sur cette terre, voici 2 300 ans, Alexandre le Grand, disciple d’Aristote, est venu avec son rêve de culture et de conquête, pour unifier le monde et ouvrir une ère nouvelle.
Alexandre a choisi le site de sa nouvelle capitale : Alexandrie. Ses successeurs en Egypte, les Ptolémées, l’ont fondée et en ont fait la capitale intellectuelle du monde entier.
L’Histoire alexandrine constitue aussi bien le registre des civilisations qui se sont perpétuées sur la ville que celui de toutes les implications culturelles que sous-entend le mot : art, musique, littérature, science et politique – les Humanités. Dès le départ, Alexandrie s’est vue rapidement prospérée au sein d’un des plus grands mondes ; et demeurait l’une des villes les plus influentes tout au long de 1 000 ans au cours de trois époques successives de l’Histoire : ptolémaïque, romaine et byzantine. Elle devenait la nouvelle capitale de l’Egypte et a été destinée à fleurir en tant que cité cosmopolite.
Son Phare était désigné une des Sept Merveilles du monde antique. Or, l’Ancienne Bibliothèque d’Alexandrie représentait un bien encore plus précieux. Fondé par Ptolémée 1er dit Soter en 288 av. J.-C., sous l’impulsion de Démétrios de Phalère, le Museion ou le Temple des Muses servait à la fois d’académie, de centre de recherche et de bibliothèque. Les plus grands penseurs, savants, mathématiciens et poètes de toutes les cultures y étudiaient et échangeaient leurs idées.
Les rayonnages de l’Ancienne Bibliothèque conservaient 700 000 rouleaux de papyrus, équivalents de plus de 100 000 ouvrages modernes imprimés. Ses portes s’ouvraient aux spécialistes de multiples domaines.
Garçons et filles la fréquentaient régulièrement et ses locaux accueillaient les célébrités du monde antique, à l’instar de :
- Aristarque, le premier qui a avancé que la Terre tourne autour du Soleil, 1 800 ans avant Copernic.
- Ératosthène, le premier qui a prouvé que la Terre est sphérique et mesuré la circonférence terrestre avec une exactitude étonnante, 1 700 ans avant que Christophe Colomb n’entame son voyage épique.
- Callimaque qui a classé les rouleaux de la Bibliothèque par sujet et auteur, étant devenu ainsi le Père de la bibliothéconomie.
- Euclide qui a écrit les Éléments de géométrie, le texte de base enseigné dans les écoles de par le monde jusqu’à nos jours.
- Hérophile qui a identifié le cerveau comme organe de contrôle de l’organisme, ce qui a ainsi ouvert le chemin vers une nouvelle ère médicale.
- Le Septuagint, la première traduction de l’Ancien Testament de l’hébreu vers le grec y a été élaborée.
- Manéthon qui a fait la chronique des Pharaons et classé l’Histoire de l’Egypte par dynasties, classement auquel on se réfère jusqu’à nos jours.
Ces savants et bien d’autres appartenaient à cette extraordinaire communauté de chercheurs qui ont dessiné les cartes astronomiques, établi le calendrier, instauré les fondements de la science, et repoussé les frontières de la connaissance, permettant ainsi à l’esprit humain d’affronter une myriade de défis. Ils se sont ouverts à toutes les cultures du monde, ayant ainsi créé un vrai dialogue entre les civilisations, promu les valeurs de la raison, de la tolérance et de la compréhension mutuelle, et contribué à l’organisation encyclopédique du savoir.
Pendant plus de six siècles, l’Ancienne Bibliothèque d’Alexandrie incarnait l’apogée de la science et du savoir. Aujourd’hui encore, elle est le symbole des plus nobles aspirations de l’esprit humain, de l’universalisme et des plus grands exploits de l’intelligence. La Bibliothèque a beau avoir disparu il y a 1 600 ans, toutefois, elle demeure une source constante d’inspiration pour les savants et les intellectuels du monde entier.
Elle a disparu petit à petit, victime d’un lent déclin depuis l’époque de César et Cléopâtre : la première catastrophe s’en est produite en l’année 48 av. J.-C., à cause d’un incendie accidentel survenu lors de la Guerre d’Alexandrie menée par Jules César.
Par conséquent, Marc Antoine a offert à Cléopâtre 200 000 rouleaux de papyrus en compensation aux énormes pertes. Mais, les troubles qui se sont succédés sur l’Empire romain ont entraîné la négligence progressive et l’ultime destruction de la Bibliothèque. Vers l’an 400, elle disparaît tout à fait et l’ère des grands savants alexandrins s’achève quelques années plus tard.